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Camping

Notre monde n'est-il pas un vaste camping ?


Je suis en vacances. Me sentant démunie après avoir lu avec avidité 7 merveilleux livres, j'ai commencé à observer où j'étais. C'était le moment. J'étais donc dans un camping. J'avais réservé moi-même, donc c'est sans surprise que j'ai réalisé que nous logions dans un bungalow. 33 m2. Pour 7 personnes (on est complètement fou en vacances, pensais-je... quitter notre confort pour ça). J'ai réalisé aussi que le ciel était bleu, que le soleil était là. Et qu'il faisait chaud. Très chaud. Voilà pourquoi j'étais collante. Ok. Et j'ai commencé à regarder autour de moi.

Tentes. Mobylhomes. Bungalows. Tous logés différemment nous nous côtoyons. Quelques jours. Dans les petites ruelles ça circule. Départ à la plage. Retour de la plage.  Là, je vois des jeunes fraîchement arrivés qui ont beaucoup de peine à monter leur tente. Sans aucune compassion, je ris. Là, de ma chaise longue. Eux n'ont pas l'air de trouver ça marrant. Il y a des mots plus hauts que d'autres. Hum. J'entends la grand-maman d'à côté sermonner sa petite-fille qui est insupportable apparemment, et qu'elle menace de ne plus reprendre l'année suivante. Là passe le jeune aux cheveux longs qui ressemble à une star (selon les dires de fiston 1er) anciennement révérée par mon aînée. Entre mes lectures, je me rends à la mer, au tir à l'arc, ou au petit marché (tout ça à pieds pour que je me fatigue un peu quand même), nous croisons du monde. Tiens là, un a-dul-te avec une coupe-bol (!)... j'avais jamais vu. Je le repérerai facilement celui là. Comme ce gars qui a l'air de passer ses vacances torse nu à pédaler nonchalamment sur son vélo : son coup de soleil devient d'un rouge plus intense au fil des jours. Effroyable. J'attends de voir les cloques. Mon mari me rapporte la discussion de gars se plaignant de leurs femmes, pénibles en vacances. Pas possible. Les femmes sont toujours faciles à vivre. Je regarde les plaques des voitures : tiens des belges. Là des suisses allemands. Là des vô-dois. Ohhh, des bernois. On croise le club des enfants, à pédaler à 7 sur leur rosalie à toute vitesse : on ne risque pas d'être écrasé, ils circulent avec la musique à fond et ça crie, ça rit, y a de l'ambiance. Bref. On voit de tout. Des jeunes familles, des couples âgés, des gros, des minces, des sportifs, des allemands, des gens venus en avion, des blancs (qui viennent d'arriver), des bronzés (qui partiront sûrement bientôt-faut-pas-abuser-quand-même-hein-déjà-qu'ils-sont-déjà-trop-bruns-bref), des rouges (qui se sont mal tartinés à la crème solaire ou qui n'avaient pas de femmes pénibles pour le leur rappeler), d'autres avec leur caravane, ou avec leurs chiens, ceux qui font des connaissances et viennent dans ce but (y qu'à regarder les  ados !), des lectrices-dont-je-suis, des cyclistes qui rougissent, ceux qui adoooooorent passer leurs vacances comme ci. D'autres plutôt comme ça. Ben ouais, y a pas à aller bien loin pour vérifier : mon mari avec mes p'tits gars courent de la piscine à la plage, du court de tennis à la table de ping-pong et du gril au marché. Moi je lis. Fais trempette. Et je lis encore après avoir fait trempette. Avec mes filles.

Chaque jour il y a des arrivées. Mais aussi des départs. Parfois, d'un moment à l'autre la place de camping est vide. On y a rien vu. D'autres fois on observe la veille que ça bouge sur une parcelle, surtout ceux qui ont des caravanes. Quel boulot ! C'est le branle-bas-de-combat (ça s'écrit comme ça ?). Ça balaye, ça plie, ça remet le frigo (!), le micro-onde (!) dans la caravane (ils étaient dehors durant toutes leurs vacances. Fou). Puis c'est le départ. Pas simple de sortir une caravane ou un mobile home de certains endroits exigus ! Mais quand c'est fait, c'est comme si les habitants du lieu se seraient volatilisés. D'un coup.
Un bungalow qui attend ses prochains vacanciers.

La tranquillité est revenue. La place de camping est inhabitée. Ou le bungalow est en stand by. Là où il y avait tant de vie...c'est mort. C'est étrange ce moment là. C'est caaaalme. Etrangement caaaaaalme. Beaucoup trop caaaaalme.

Rapidement, les employés du camping viennent effacer toutes traces des précédents locataires. Peut-être resteront-ils encore un peu dans nos mémoires. Un tout petit peu. Surtout les adultes à la coupe-bol. Et pourtant, ce sont des vacances qui auront marqué leurs vies. Qui auront compté pour eux.

L'après-midi même, d'autres prennent leur place. C'était qui déjà avant ???

Et ça recommence. Inlassablement. Des arrivées. Des départs.

Puis c'est notre tour. Tiens, déjà ? Les vacances tant attendues sont déjà terminées. Et oui, on y passe tous. Tôt ou tard. Snif.

Notre monde n'est-il pas un vaste camping ? On est de passage sur terre. On vit, on rit, on pleure. Puis c'est fini. Sans crier gare parfois (comme les 9 noyés du weekend passé au Sud de la France). Ou on a parfois le temps de plier bagages, de se préparer, de dire adieu. Mais vite, on est oublié. Les gens vivant autour de nous reprennent leur vie où ils l'ont laissée. La plupart du temps. 100 ans après, à moins d'avoir découvert l'Amérique (pis-c'est-d'jà-fait- donc-c'est-râpé), personne sur cette terre ne se souviendra même seulement de notre nom. Déprimant.

Profitons-en donc de cette vie. C'est pas si long. Utilisons ce temps de la meilleure manière possible. Selon nos possibilités. Qu'on soit en bungalow. Sous tente. Ou en luxueux mobile home. Pas pour qu'on se souvienne de nous dans 100 ans. Ça, il faut l'oublier. Mais  pour réfléchir où on ira après, hein, ça pourrait être utile. Parce qu'après, c'est plus long. Même plus long qu'être au boulot quand on attend les vacances. Vous voyez, quoi.


C'est dans la Bible (je suis pas d'une humeur "ecclésiastique" et loin de moi l'idée de vous donner le cafard dans ces beaux jours d'été, mais lisez toujours car c'est bien vrai et ça a le mérite de nous faire réfléchir, même pendant les vacances) :
"En effet, le souvenir que l'on garde du sage n'est pas plus durable que celui que l'on garde de l'homme stupide, puisque, dès les jours suivants, tout est oublié. Comment se fait-il que le sage meure tout comme l'homme stupide ?" Ecclésiaste 2 : 16
"J'ai vu quelle occupation Dieu réserve aux humains. Il fait toute chose belle au moment voulu. Il a même mis dans leur cœur la pensée de l'éternité, même si l'homme ne peut pas comprendre l'œuvre que Dieu accomplit du début à la fin. J'ai reconnu que leur seul bonheur consiste à se réjouir et à bien agir pendant leur vie, et que, si un homme mange, boit et prend du plaisir dans tout son travail, c'est un cadeau de Dieu. J'ai reconnu que tout ce que Dieu fait durera toujours, sans qu’on puisse ajouter ou enlever quoi que ce soit, et que Dieu agit de cette manière afin qu'on éprouve de la crainte devant lui." Ecclésiaste 3 : 12-14
"Une bonne réputation vaut mieux qu’un bon parfum, et le jour de la mort que le jour de la naissance. Mieux vaut se rendre dans une maison de deuil que dans une maison de festin, car telle est la fin de tout homme, et celui qui est en vie peut ainsi se mettre à réfléchir." Ecclésiaste 7 :1

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