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Mon job : sauver des vies

C'est incroyable toutes les vies que j'ai déjà pu sauver d'une mort atroce lors de mes journées de boulot à l'hôpital. Malheureusement depuis que ma fille n'y travaille plus, depuis déjà presque un an, toutes ces vies en sursis reposent sur moi. Avant, elle m'aidait d'arrache-pied, pleine de compassion, de ses mains aussi expertes que les miennes. Moi, je me concentre surtout sur les SDF (Sans Domicile Fixe), elle, sauvait même les SDTC (Sans Domicile Tout Court). Vous le verrez plus loin. 

A présent, elle est allée continuer bien loin de moi. Elle est quasi arrivée trop tard. Ces SDF y sont là-bas presque inexistants. Mais elle va y remédier.

Oui, pour moi, entre les limaces et les escargots, mon coeur ne balance pas. 
Ce sont les escargots. Sans un brin d'hésitation. 

Les limaces, ça m'énerve. Cela bouffe ma bouffe qui pousse au jardin. Hargneuse, je prends de l'anti-limaces que je déverse sur mes pousses. Après c'est pas beau, mais mes plantes grandissent de plus belle. C'est vrai que la meilleure solution, que j'oublie bien souvent, ce serait de les faire mourir gaiement... dans un récipient de bière laissé la nuit sur le sol... supra efficace. Mais vraiment dégueu... Certains pourraient peut-être aimer se nourrir de cette soupe à la limace. Pas moi.

Quand je vois un escargot sur mon chemin, traversant sans peur aucune, nonchalamment, sans une seule ombre de stress, un passage bientôt foulé par des pieds tueurs ou des roues assassines, ça me terrifie. Viiiiite, je me sens l'âme d'un héros sauvant les vies à tour de bras.... Je me penche, les sermonne quelque peu en leur disant que, franchement, c'est la dernière fois que je veux les voir dans un endroit si dangereux, et les repose, délicatement, dans un champ vert, humide et luxuriant, un petit paradis sans danger, juste à côté.

Je m'assure quand même parfois de n'être pas observée. Mais par chance mon chemin du boulot n'est pas fort fréquenté, à part par mes escargots et moi. 

Quand j'en vois un qui se balade, au milieu d'un endroit sec, sans une seule trace d'eau à l'horizon, je me dis Aïe, mettons-le à l'abri des rayons du soleil brûlant, de la sécheresse et d'une mort certaine. Et voilà que je le replace dans le champ tout vert, humide et luxuriant, un petit paradis sans danger pour lui.

Quoique.
Il arrive, ohhhh, horreur, qu'un matin je foule à nouveau mon chemin du boulot, je constate alors que, dans le champ d'à côté, là où je pose, dans le sois-disant paradis terrestre, mes petites bêtes, la tondeuse a gazon a passé...Ce paradis s'est transformé en enfer. Mes petits escargots d'amour ne font pas le poids face aux lames tranchantes... aucune chance pour eux, même s'ils se cachent dans l'abri atomique de leur petite maison transportable. Je vois donc sur mon chemin, de petits restes de... eux. Broyés.

Oui, sur mon chemin du boulot, j'essaie de sauver des vies. De prendre les bonnes décisions pour ces petites bêtes qui n'ont pas l'air de réfléchir beaucoup ou qui n'ont aucune peur du risque. Bref, qui ne voient pas le danger dans leur petite vie peinarde. 

Par contre, chez moi, sur ma terrasse, je regarde moins où je mets les pieds. Et je sursaute à chaque fois que je sens un crac ou un cric sous mon pied. J'ose à peine regarder. Parfois, c'est le soulagement, c'est juste un caillou que j'ai foulé. Parfois, j'ai une mort sur la conscience : un petit corps est tout emberlificoté sous sa maison écrabouillée. Pas beau. Mais au moins, il n'a pas eu le temps de souffrir. Le pire, c'est quand la maison est à peine abîmée... et que la mort viendra lentement, sûrement. Impossible pour moi d'activer tout ça genre "Exit". Je le place alors dans mon jardin tout vert et humide, à l'ombre... pour anesthésier un peu sa souffrance. Avec toutes mes excuses, petit escargot. J'ai pas fait exprès.

Oui. J'aime pas les limaces. Mais franchement, à part une jolie coquille sur le dos qui leur manque assurément, quelle est la différence avec les escargots ? Leur couleur ? Pas forcément. Leur taille ? Il y a encore de plus gros escargot sur mon chemin du boulot. La trace gluante qu'elles laissent derrière eux ? Même pas. Les escargots ont plus de chance de résister face à la sécheresse : ils s'enferment dans leur maison, en verrouillent leur entrée, et attendent les prochaines gouttes de pluie. Et une autre différence est quand on les écrase... Bref.

Hier, en rentrant du boulot. Je me suis surprise à me poser la question si j'avais ma bouteille d'eau dans mon sac. Oui, je venais d'apercevoir une limace séchant sur le chemin tout sec, mais encore en vie. Elle me regardait de ses antennes et criait, suppliante : 
- S'il te plait, aie pitié ! Je sais, je ne suis pas un escargot, mais j'aurais juste besoin de 3 gouttes d'eau. Au secours !!!
Je n'avais pas d'eau. Je n'ai rien fait. Elle est sûrement passée de vie à trépas depuis. 
Femme sans coeur que je suis.

Manana 1ère a véritablement les même gênes que moi. En pire. Elle a même une fois sauvé  un SDTC (Sans Domicile Tout Court), une bestiole perdue au milieu de la route goudronnée. On a beaucoup ri quand elle m'a raconté ça. Elle a sauvé un ver de terre.

Le p'tit mot spi :

Oui, j'essaie maladroitement de sauver les escargots. Eux ne le remarquent pas. Ne savent pas pourquoi j'interromps leur chemin. Parfois, ils doivent être fâchés contre moi :
Ehhhh, j'avais un rendez-vous avec ma belle à 1 mètre et voilà 2 heures que je fais le voyage, je devrai tout recommencer !!! (en fait, ça risque pas d'arriver vraiment, vu qu'ils sont mâles et femelles en même temps...bon).
Ou, totalement découragés :
- Après tout ces efforts, revenir au point de départ, mais pourquoi, pourquoi ?
Oui, ils sont en rogne, ils ne comprennent pas. Ils n'ont pas notre intelligence. 
Ou bien certains s'extasient, en réalisant qu'ils sont tout à coup à l'endroit qu'ils voulaient atteindre, comme par magie. Certains réalisent qu'ils ont échappés à une mort certaine, et ne savent comment me remercier (moi je ne sais pas non plus comment ils pourraient faire ça...)

Comme pour nous, les humains. On ne comprend pas toujours par quel chemin nous devons passer. Chemin de souffrance, de difficultés diverses. Parfois, c'est pour nous arracher à une souffrance plus grande, ou pour nous faire grandir. Comme quelqu'un l'a dit : La souffrance c'est le mégaphone de Dieu. Il nous appelle, désire tellement qu'on se tourne vers Lui. Mais l'assurance qu'on a, c'est que Dieu a de la hauteur, qu'Il voit, et que Lui, contrairement à moi, sait quand la tondeuse à gazon passera ! 
Mais on ne comprendra jamais tout le pourquoi du comment sur cette terre.

Dieu fait toute chose belle en son temps. Il a implanté au tréfonds de l’être humain le sens de l’éternité. Et pourtant, l’homme est incapable de saisir l’œuvre que Dieu accomplit du commencement à la fin.
Ecclésiaste 3 : 11

Mettez votre confiance en Lui, ça vaut le coup. 
(il y a au moins autant de différence entre un escargot et un humain, qu'entre un humain et le Seigneur de l'Univers, donc ça devrait pouvoir le faire, non ?)

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