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Effet bulles de savon

Voilà qu'il y a une semaine, on m'a proposé de prendre un autre poste à l'hôpital. Un travail plus intéressant, plus proche de ma formation professionnelle.
J'ai repris le travail à 30% il y a un an et demi et cela m'a bien convenu du point de vue de la famille. Le top. Parfait. Malheureusement, du côté du boulot, j'ai parfois la désagréable impression d'être juste le "bouche-trou", de ne pas faire totalement partie du truc. Il est vrai qu'avec ce pourcentage, je ne peux être mise au courant de tout, je ne peux non plus avoir un suivi qui rendrait la chose plus intéressante,  je fais donc surtout du dépannage au grès des besoins des secrétariats. 
Mais voilà. Ce fut un choix. Ma famille d'abord. 
Et voilà-t'y pas que la semaine passée on me propose the place. Qui m'a l'air bien alléchante. Si j'accepte, je serai l'assistante médicale d'un médecin. Une place à moi. Plus baladée par ci par là. Mais cette place à un prix : je devrais travailler à 40%. Parfois plus. Cette proposition, que j'attendais depuis fort fort longtemps... me perturba tel un pavé troublant l'eau dans une mare (pas la mienne, puisqu'elle prendrait la place du terrain de foot de mon homme).

Ouais, vous allez me dire que ce n'est qu'un demi-jour de plus. C'est vrai. Vous allez me dire que mes enfants deviennent grands. C'est vrai. Vous allez me dire que ce sera bien plus intéressant, une chance à ne pas manquer. C'est vrai. Que je recevrai un peu plus de sousous pour emménager les alentours de notre maison et que du coup on pourra installer la terrasse en bois peut-être cette année, et les talus comme j'aimerais, et le jacuzzi et le... (ahhhhh, non, pas le jacuzzi ! Et c'est mon fils qui le voulait ! Et mon mari ne veut pas sacrifier son terrain de foot, je le répète). C'est vrai. BON.
Tout ça je suis bien d'accord. Que des avantages.

Je me suis laissée quelques jours de réflexion, d'enquêtes persos à gauche à droite sur mon lieu de travail, pour avoir le max d'infos avant de m'engager. J'ai prié aussi. Et pour une fois, assez rapidement, j'ai eu la conviction que je devais accepter. Comme ça. C'est fort rare que j'ai des convictions pareilles. Autant en profiter ;-).

Mais avant, avant. Je me suis tourmentée. Vraiment. Voilà ce qui tournait dans mon esprit tel le hamster de ma fille dans sa roue grinçante :
- Mes enfants, j'ai des enfants ! Des enfants tous mignons mignons !!! Ils ont besoin de moi ! J'en ai 4, j'ai pulvérisé la moyenne helvétique ! Et je suis une adepte-"mère-au-foyer-indispensable"-c'est-dans-les-gênes-en-plus. J'arrête le boulot. Je reste à la maison. Comme ça, plus besoin de se tracasser. Pas besoin de prendre une décision. Et pis en plus, il y a tellement de choses plus utiles à faire en ce bas monde".
Oui, j'étais presque prête à fuir. A stopper là. Tout. J'ai même pensé qu'on pourrait repartir en Afrique pour aider les enfants des rues (j'ai entendu parler de ça dernièrement et la vie terrible de ces enfants m'a beaucoup touchée).  Bref, je déraillais complètement.  Là mon mari très terre à terre et sur les rails, lui,  m'a rappelé qu'il nous arrivait de dépenser un peu et que mes sousous étaient bien pratiques... Et puis je me suis dit que je pourrais garder l'option Afrique pour plus tard. Dans 15 ans. Si j'ai pas de Tanguy. Et pis même si j'en ai. Tiens. Chiche.
Pour comprendre un peu pourquoi ça se passait ainsi dans mon esprit, voilà ci-après comment il est formaté génétiquement.  Dans l'ordre de mes priorités :
1. Dieu
2. ma famille
3. le ménage (!)
4. l'église
5. mes amies
6. mes loisirs...
7. et une vie professionnelle éventuellement.
(oui, je sais, je ne comprends pas pourquoi mon ménage est en 3e position, ça me choque quelque peu... je crois que je devrais le virer du trio gagnant, et le remplacer par le point 5, tiens. Encore un truc à travailler dans ma vie...).
Bon. Et ce nouveau job risque de perturber cet ordre pré-établi,  genre 1-2-7-4-5-3- si le temps 6.
Ou pire : 7-3 et le reste si encore l'énergie. Donc perdre complètement ses repères Zapper les VVV (Vraies Valeurs de la Vie). L'angoâââââsse !!!!!

Bref, reviens sur terre. Sois sensée (je me parle à moi).
Mes enfants prennent donc de l'âge. Mais ils ont besoin d'avoir encore sur eux un oeil averti de la mère irremplaçable et fabuleuse que je suis pour s'habiller en plein hiver par exemple. Expérience faite, j'en ai la certitude. Pis en même temps, ben, ça change pas grand chose. Puisqu'ils ne s'habillent toujours pas. 
Etant une mère au foyer plus que convaincue depuis toujours, j'ai beaucoup de peine à me défaire de cette identité que je me suis faite. J'ai beaucoup de peine à réaliser que je ne les abandonne pas, mais que je leur laisse peut-être juste un peu plus d'air, tout simplement.
Ces derniers jours j'ai donc découvert que je suis accro. Accro à l'idée que je me fais de leur besoin de moi. Je crois que j'ai loupé un truc, j'ai pas vraiment réalisé qu'ils ont grandi. 


Voyez cette révélation ce matin par exemple, quelque peu bizarroïde :
 J'ai eu un choc en voyant un récipient de "bulles de savon" à la cave !!!?!!!!????!!!!!
Et ben ma réaction m'a ouvert les yeux (normalement le savon fait le contraire... comme quoi la vie peut être parfois surprenante). Parce que les bulles de savon n'ont plus d'intérêt pour mes enfants. C'est fini, tout ça. L'époque des couches est terminée depuis longtemps. Voilà que maintenant l'époque des bulles est quasi terminée. C'est trop dur.
En fait, mon excuse "4 enfants" n'est donc presque plus valable. Si je ne veux pas travailler plus, c'est pour moi. Oui, pour MOI !!!! Je crains de ne plus avoir de temps pour mes lectures, mon jardin, mes amies, mes loisirs et mes engagements dans l'église.... et plus j'analyse, plus je réalise que j'aurai encore le temps. Car quand j'ai du temps, je le perds en n'importe quoi, souvent sur l'ordi, ben oui. Oui, j'ai été tellement gâtée de pouvoir me consacrer essentiellement à mes enfants pendant 15 ans... que ça me perturbe quelque peu de bousculer un peu l'ordre de mes priorités.
Mais je réalise, avec tous les remplacements que j'ai déjà fait, jusqu'à parfois travailler à mi-temps avec des jours de travail qui changent sans arrêt, que je m'adapte, que j'y arrive, que mon ménage n'est pas qu'un tas d'ordures, que mes enfants ne sont pas morts de faim, qu'ils ont encore le sourire (pas plus qu'avant, pas moins).
Je crois donc que c'est le grand moment de commencer à lâcher l'idée que je leur suis indispensable non-stop : quand ils rentrent de l'école, pour les inciter à faire leurs devoirs, pour faire le guet devant mes armoires pour comprendre pourquoi le chocolat et les bonbons disparaissent surnaturellement (personne n'en a pris, mais y en a plus !)...
Mais bon, je vais veiller à ne pas être fatiguée au point de ne plus pouvoir être à leur écoute. Je vais veiller pour cela à me ménager du temps. A prendre du temps pour moi. Quand même.
Et, ooooohhhhhh ! Je travaillerai qu'à 40%, la terre n'arrêtera pas de tourner !!!!
Voilà. C'est sûr. Je suis accro, mais je vais me soigner. J'accepte ce nouveau poste. Je fonce.
Qui ne tente rien n'a rien. On verra bien. 
Merci les bulles de savon. Vous avez des vertus surprenantes.

PS : je n'ai rien contre les terrains de foot
PS 2 : ménage = intendance de la maison (remplir le frigo, faire les repas, putze, lessive... et tutti quanti quoi)

Commentaires

Anonyme a dit…
Quelle vraie Suisse à la putze !!! Jamais il ne me serait venu à l'idée de mettre cela en 3° position... Dire que tu as vécu en Afrique !!! Comme quoi on change, dis si vous y retourner dans 15 ans, on part avec vous ??!!
Bises
Liliane

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